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Crucifié pour nous!

  • 31 mars
  • 8 min de lecture

Bienaimés de Dieu remplis de grâces, nous sommes rassemblés en ce Vendredi Saint pour contempler un mystère qui touche au cœur de notre condition humaine : le passage de la confiance en nos propres forces à l'abandon total entre les mains du Père. À travers les textes que nous venons d'entendre, une seule idée de fond se dégage avec force : la véritable justice et le salut ne proviennent pas de nos performances ou de notre respect scrupuleux de règles extérieures, mais de l'accueil de la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ.

 

L'illusion de l'autosuffisance

Dans l'Évangile l'apôtre Pierre s'exclame avec une assurance touchante mais présomptueuse : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort » . Pierre s'appuie sur sa propre volonté, sur son courage d'homme. Pourtant, quelques heures plus tard, au Mont des Oliviers, il s'endort « accablé de tristesse » . Cette scène illustre parfaitement la fragilité de notre nature humaine. Même avec les meilleures intentions, nous restons marqués par ce que la tradition appelle la « concupiscence », cette inclinaison au péché qui demeure même chez les baptisés .

 

Saint Paul, dans sa lettre aux Galates, nous met en garde contre la tentation de vouloir « devenir des justes grâce à la Loi » . Il nous demande : « Après avoir commencé par l'Esprit, allez-vous, maintenant, finir par la chair ? ». Comprenons bien : la « chair » ici ne désigne pas seulement notre corps, mais notre prétention à nous sauver par nous-mêmes, par nos propres œuvres, comme si nous pouvions mettre Dieu en dette envers nous.

 

 Éclairage exégétique : Les "Soixante-dix semaines" de Daniel

Pour approfondir l’unité entre l'Ancien et le Nouveau Testament, tournons-nous vers la prophétie de Daniel. L'ange Gabriel lui annonce une période de « soixante-dix semaines » pour « mettre un terme au péché » et « amener la justice éternelle » .

 

D'un point de vue exégétique, la majorité des commentateurs s'accordent pour dire que ces « semaines » ne sont pas des semaines de jours, mais des « heptades » d'années (des périodes de sept ans) . Ce chiffre symbolique de 490 ans (70 x 7) pointe vers un accomplissement définitif. La prophétie mentionne qu'après soixante-deux semaines, « un messie sera supprimé » . Saint Hippolyte de Rome, l'un des premiers grands exégètes de l'Église, voyait dans ce passage l'annonce précise de la venue du Christ, le « Prêtre des prêtres », venu pour « effacer les transgressions ».

 

Ce que Daniel attendait dans la prière et le jeûne, c'est ce que Pierre et Paul ont vu s'accomplir : le Christ ne vient pas restaurer un royaume politique ou une simple observance légale, mais il vient offrir sa vie pour que « la justice éternelle » soit donnée gratuitement à ceux qui croient.

 

 Le Christ, notre seule justice

Le sommet de cette révélation se trouve dans l'agonie de Jésus. Contrairement à Pierre qui s'appuie sur lui-même, Jésus, bien qu'entré en agonie, se remet totalement à la volonté du Père : « que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » . C'est ici que se joue notre salut. Comme l'enseigne le Catéchisme de l'Église Catholique, la conversion est d'abord « une œuvre de la grâce de Dieu qui fait revenir nos cœurs à lui » . Ce n'est pas nous qui montons vers Dieu par nos mérites, c'est Dieu qui descend vers nous.

 

Saint Augustin, commentant précisément ce texte de Daniel, souligne que le prophète ne présente pas sa supplication au nom de sa propre justice, mais au nom des « grandes miséricordes » de Dieu . Il écrit :

 

« Observez comment il a parlé d'abord de ses propres péchés, puis des péchés de son peuple... Si tel est le langage d'hommes d'une sainteté éminente, quel langage nous conviendrait, à nous qui sommes si loin d'être dignes de comparaison avec eux ? » .

 

Application concrète : Vivre de la foi au quotidien

Comment traduire cela dans nos vies ? Saint Paul nous donne la clé : « Ce que je vis aujourd'hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi » .

 

Je vous propose cette semaine une pratique simple : l'acte d'abandon. Chaque matin, au lieu de lister vos objectifs comme des défis que vous devez relever seul, dites au Seigneur : « Seigneur, je ne compte pas sur mes forces pour être bon ou patient aujourd'hui, mais je m'appuie sur ta grâce. Vis en moi. »

 

Dans vos familles ou au travail, lorsque vous échouez, ne vous laissez pas accabler par une tristesse stérile comme les disciples au jardin. La tristesse selon le monde mène au découragement, mais la « tristesse selon Dieu » produit une repentance qui sauve . Reconnaissez votre faiblesse, demandez pardon, et repartez immédiatement avec la certitude que le Christ a déjà payé le prix pour vous .

 

Bienaimés, ne soyez pas des « Galates stupides » qui pensent que la vie chrétienne est un fardeau de règles à porter seul . La vie chrétienne, c'est le Christ qui vit en vous. Comme le disait sainte Thérèse d'Avila : « Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie... Dieu seul suffit ».

 

Que cette célébration nous fortifie dans la certitude que nous sommes « aimés de Dieu » . Puissiez-vous repartir d'ici non pas avec de nouvelles résolutions humaines épuisantes, mais avec la joie de savoir que votre vie est désormais « cachée avec le Christ en Dieu » . Le Christ est mort et ressuscité pour que vous soyez libres. Vivez donc en enfants de la lumière, portés par sa grâce invincible. Amen.


 une œuvre de la grâce de Dieu qui fait revenir nos cœurs à lui

Lectures du Vendredi Saint


Du livre de Daniel 9/20-27


20 Je parlais encore, priant, confessant mon péché et le péché de mon peuple Israël, déposant ma supplication devant le Seigneur mon Dieu, pour la montagne sainte de mon Dieu ; 21 je parlais encore dans ma prière quand Gabriel – l’être que j’avais vu au commencement de la vision – s’approcha de moi d’un vol rapide à l’heure de l’offrande du soir. 22 Il m’instruisit, me parlant en ces termes : « Daniel, je suis sorti maintenant pour ouvrir ton intelligence. 23 Dès le début de ta supplication, une parole a surgi, et je suis venu te l’annoncer, car toi, tu es aimé de Dieu. Comprends la parole et cherche à comprendre l’apparition. 24 Soixante-dix semaines ont été fixées à ton peuple et à ta ville sainte, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour expier la faute et amener la justice éternelle, pour accomplir vision et prophétie, et consacrer le Saint des saints. 25 Sache et comprends ! Depuis l’instant où fut donné l’ordre de rebâtir Jérusalem jusqu’à l’avènement d’un messie, un chef, il y aura sept semaines. Pendant soixante-deux semaines, on rebâtira les places et les remparts, mais ce sera dans la détresse des temps. 26 Et après les soixante-deux semaines, un messie sera supprimé. Le peuple d’un chef à venir détruira la ville et le Lieu saint. Puis, dans un déferlement, sa fin viendra. Jusqu’à la fin de la guerre, les dévastations décidées auront lieu. 27 Durant une semaine, ce chef renforcera l’alliance avec une multitude ; pendant la moitié de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande, et sur une aile du Temple il y aura l’Abomination de la désolation, jusqu’à ce que l’extermination décidée fonde sur l’auteur de cette désolation. »

 

 

  

Épître aux Galates 2/17-21, 3/1-13


17 S’il était vrai qu’en cherchant à devenir des justes grâce au Christ, nous avons été trouvés pécheurs, nous aussi, cela ne voudrait-il pas dire que le Christ est au service du péché ? Il n’en est rien, bien sûr ! 18 Si maintenant je revenais à la Loi que j’ai rejetée, reconstruisant ainsi ce que j’ai démoli, j’attesterais que j’ai eu tort de la rejeter. 19 Par la Loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ, je suis crucifié. 20 Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. 21 Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.  01 Galates stupides, qui donc vous a ensorcelés ? À vos yeux, pourtant, Jésus Christ a été présenté crucifié. 02 Je n’ai qu’une question à vous poser : l’Esprit Saint, l’avez-vous reçu pour avoir pratiqué la Loi, ou pour avoir écouté le message de la foi ? 03 Comment pouvez-vous être aussi fous ? Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous, maintenant, finir par la chair ? 04 Auriez-vous vécu de si grandes choses en vain ? Si encore ce n’était qu’en vain ! 05 Celui qui vous fait don de l’Esprit et qui réalise des miracles parmi vous, le fait-il parce que vous pratiquez la Loi, ou parce que vous écoutez le message de la foi ? 06 C’est ainsi qu’Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. 07 Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux, les fils d’Abraham. 08 D’ailleurs, l’Écriture avait prévu, au sujet des nations, que Dieu les rendrait justes par la foi, et elle avait annoncé d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : En toi seront bénies toutes les nations. 09 Ainsi, ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant. 10 Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la Loi, ils sont tous sous la menace d’une malédiction, car il est écrit : Maudit soit celui qui ne s’attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. 11 Il est d’ailleurs clair que par la Loi personne ne devient juste devant Dieu, car, comme le dit l’Écriture, celui qui est juste par la foi, vivra, 12 et la Loi ne procède pas de la foi, mais elle dit : Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d’eux. 13 Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice.


 

Évangile selon Saint Luc 22/33-47

33 Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » 34 Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. » 35 Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » 36 Ils lui répondirent : « Non, de rien. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. 37 Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » 38 Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. » 39 Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. 40 Arrivé en ce lieu, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » 41 Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : 42 « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » 43 Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. 44 Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. 45 Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse. 46 Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. » 47 Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s’appelait Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour lui donner un baiser.

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

 

  

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