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Ce que nous remettons à Dieu n’est jamais perdu.

il y a 3 jours
9 min de lecture

Bien-aimés de Dieu, remplis de sa grâce,

 

Il y a une parole de Jésus qui peut nous bouleverser aujourd'hui : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

 

Nous avons tous, dans notre vie, quelque chose que nous avons peur de perdre : une personne, une situation, une sécurité, une habitude, une réussite, parfois même une certaine image de nous-mêmes. Et Jésus vient nous dire : n'ayez pas peur de vous donner ; n'ayez pas peur de tomber entre les mains de Dieu.

 

Regardons d'abord les Grecs de l'Évangile. Ils viennent vers Philippe et lui disent simplement : « Nous voudrions voir Jésus. » Ils cherchent Jésus. Et Jésus leur répond en parlant de sa Croix.

 

Cela peut nous surprendre. Ils veulent voir Jésus, et Jésus leur montre la Croix. Pourquoi ?

 

Parce qu'on ne peut pas vraiment connaître son cœur sans passer par son amour donné jusqu'au bout. Il ne se présente pas comme un roi qui cherche à être admiré, mais comme le grain de blé qui accepte de tomber en terre pour donner la vie.

 

Le pape François, dans son Angélus du 21 mars 2021, explique précisément ce lien : ceux qui veulent voir Jésus sont conduits vers la Croix, parce que la Croix exprime « l'amour, le service, le don de soi sans réserve ».

 

Et voilà le cœur de notre foi : Jésus ne nous sauve pas en gardant sa vie pour lui-même. Il nous sauve en la donnant.

 

Saint Paul le dit dans la deuxième lecture : « Nous proclamons un Messie crucifié », et il appelle la Croix « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1,18.23-24). Ce qui semble une défaite aux yeux du monde devient, dans le dessein de Dieu, le chemin du salut.

 

C'est exactement ce que nous voyons aussi dans la première lecture.

 

Moïse est sur la montagne. Josué combat dans la vallée. Et pendant que le peuple lutte, Moïse garde les mains levées vers Dieu. Mais ses mains deviennent lourdes. Moïse n'est pas un héros invincible. Lui aussi se fatigue.

 

Alors Aaron et Hour viennent soutenir ses mains.

 

Quelle belle image de la vie chrétienne ! Même celui qui prie a parfois besoin qu'on lui soutienne les mains. Même celui qui soutient les autres a parfois besoin d'être soutenu.

 

Nous avons parfois honte de notre fatigue. Nous pensons que nous devons toujours être forts : forts dans notre famille, forts au travail, forts dans notre foi, forts devant les autres. Mais la Parole de Dieu nous montre Moïse fatigué, assis sur une pierre, et deux hommes qui lui soutiennent les bras.

 

Il y a là une vérité profondément chrétienne : Dieu ne nous demande pas de porter seuls ce qu'il nous demande de porter.

 

Et nous pouvons faire le lien avec l'Évangile : le Christ lui-même, dans son humanité, dit : « Maintenant mon âme est bouleversée. » Jésus ne cache pas son combat intérieur. Il ne fait pas semblant d'être insensible devant la souffrance qui approche. Mais au cœur de son bouleversement, il dit : « Père, glorifie ton nom ! »

 

Voilà la foi : ne pas nier l'épreuve, mais remettre notre vie entre les mains du Père.

 

Il y a ici une précision exégétique importante. Dans l'Évangile selon saint Jean, l'expression « être élevé de terre » possède une double portée : elle désigne concrètement l'élévation de Jésus sur la Croix, mais elle évoque aussi son exaltation. La Croix n'est donc pas séparée de la glorification : Jésus est glorifié précisément dans le don de sa vie, et c'est depuis la Croix qu'il « attirera » tous les hommes à lui. Le pape François a explicitement développé cette lecture de Jean 12, dans son Angélus du 22 mars 2015.

 

C'est difficile à comprendre avec notre logique humaine.

 

Nous pensons souvent : pour réussir, il faut prendre ; pour être reconnu, il faut paraître ; pour être heureux, il faut posséder ; pour ne pas souffrir, il faut se protéger.

 

Jésus nous révèle une autre logique : pour porter du fruit, il faut apprendre à se donner.

 

Attention : cela ne signifie pas rechercher la souffrance, accepter l'injustice ou laisser les autres nous écraser. L'Évangile ne nous demande pas de devenir victimes de la violence ou de la maltraitance. Jésus ne glorifie pas la souffrance pour elle-même. Ce qu'il glorifie, c'est l'amour qui se donne, même lorsque cet amour coûte.

 

Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne, au n° 618, que Jésus, en demandant à ses disciples de prendre leur croix et de le suivre, veut les « associer à son sacrifice rédempteur ». Et le Compendium précise que Jésus « a librement offert sa vie » et que son amour jusqu'au bout réconcilie l'humanité avec le Père.

 

Alors, frères et sœurs, où est notre grain de blé aujourd'hui ?

 

Peut-être dans une famille où il faut recommencer à pardonner.

 

Peut-être dans un mariage où il faut apprendre à écouter au lieu de vouloir avoir raison.

 

Peut-être auprès d'un enfant qui nous demande du temps alors que nous sommes fatigués.

 

Peut-être auprès d'un parent âgé qui a besoin de notre présence.

 

Peut-être au travail, lorsqu'il faut accomplir humblement une tâche que personne ne remarquera.

 

Peut-être dans une relation blessée où nous devons faire le premier pas.

 

Peut-être simplement dans notre prière : accepter de dire à Dieu, « Seigneur, je ne comprends pas ce qui m'arrive, mais je te fais confiance ».

 

Saint Augustin, dans son Sermon sur les martyrs, reprend précisément l'image du grain de blé en reliant la mort du Christ à la fécondité de son sacrifice. Il écrit : « Combien de morts a-t-il achetées, en mourant à lui seul, puisque, s'il n'était pas mort, le grain de blé ne se serait pas multiplié ? » (Sermon de saint Augustin, Le Christ, premier des martyrs, repris par l'AELF).

 

Le Christ est donc le premier Grain de blé. Et nous ne sommes pas appelés à reproduire sa Croix par nos propres forces : nous sommes appelés à vivre de son amour et à laisser cet amour porter du fruit à travers nous.

 

Jean-Paul II l'a exprimé avec une grande profondeur dans Salvifici doloris, sa Lettre apostolique du 11 février 1984 : « Le Christ ne donne pas une réponse abstraite » à la souffrance, mais il dit à l'homme : « Suis-moi ». Il explique que, dans l'union au Christ, notre souffrance peut recevoir un sens nouveau et devenir un lieu de communion avec son œuvre de salut.

 

Alors faisons quelque chose de très concret cette semaine.

 

Choisissons une seule personne.

 

Une personne avec laquelle nous sommes peut-être en tension, ou une personne que nous avons un peu oubliée. Et faisons pour elle un petit acte de don : un appel, une visite, une parole de pardon, une écoute véritable, un service accompli sans attendre de reconnaissance.

 

Et lorsque nous faisons ce geste, disons intérieurement :

 

« Seigneur Jésus, je dépose ce petit grain dans ta terre. Fais-le fructifier comme tu voudras. »

 

Nous ne verrons peut-être pas immédiatement le fruit. Le grain disparaît d'abord sous la terre. Il semble perdu. Mais précisément là, quelque chose commence.

 

C'est aussi notre espérance chrétienne.

 

Il y a peut-être aujourd'hui parmi nous quelqu'un qui pense : « Ma vie ne sert plus à grand-chose. » Quelqu'un qui pense : « J'ai trop échoué. » Quelqu'un qui dit : « Je suis trop vieux, trop faible, trop blessé. » Quelqu'un qui regarde sa famille et ne voit plus comment les choses pourraient changer.

 

Écoutez bien la Parole de Jésus : un grain enfoui n'est pas un grain perdu.

 

Ce qui est remis à Dieu n'est jamais perdu.

 

Regardons Jésus : son corps est élevé sur la Croix, ses disciples semblent avoir perdu leur Maître, tout paraît terminé. Et pourtant, c'est précisément là que commence la victoire de l'amour.

 

Dans sa catéchèse du 12 avril 2017, le pape François disait que l'espérance chrétienne consiste à « voir déjà la résurrection dans la croix, la vie dans la mort ».

 

Frères et sœurs, peut-être que nous ne voyons aujourd'hui que la terre. Peut-être que nous ne voyons que la fatigue, le silence, l'épreuve ou l'attente.

 

Mais Dieu voit déjà la vie qui peut germer.

 

Alors ne désespérons pas de ce qui est encore enfoui.

 

Confions au Seigneur notre famille, nos blessures, nos efforts, nos renoncements, nos prières et même nos larmes.


 Quand nos mains deviennent lourdes, Dieu nous soutient.


Et lorsque nos mains deviennent lourdes, souvenons-nous de Moïse : Dieu peut mettre auprès de nous un Aaron et un Hour.

 

Lorsque nous avons peur de perdre, souvenons-nous de Jésus : le grain qui se donne ne reste pas seul.

 

La Croix : là où Dieu fait germer la vie.


Et lorsque nous ne voyons aucun fruit, souvenons-nous de la Croix : Dieu travaille parfois dans le silence, sous la terre de notre existence.

 

Bien-aimés de Dieu, le Seigneur nous demande aujourd'hui non pas d'être invincibles, mais de nous donner. Non pas de tout comprendre, mais de lui faire confiance. Non pas de voir immédiatement le fruit, mais de déposer fidèlement notre vie dans ses mains.

 

Le Christ est vivant. Sa Croix n'a pas eu le dernier mot. Et aujourd'hui encore, dans nos familles, dans nos blessures, dans nos pauvretés et dans nos petits gestes d'amour, le Ressuscité continue de faire germer la vie.

 

Alors avançons avec confiance.

 

Ce que nous remettons entre les mains du Christ, même fragile, même petit, même douloureux, il peut le transformer en semence de vie pour nous et pour les autres.

 

La Croix : là où Dieu fait germer la vie

Lectures de l’Exaltation de la croix

Livre de l'Exode 17,8-15.

Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim.

Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »

Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline.

Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort.

Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil.

Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

Alors le Seigneur dit à Moïse : « Écris cela dans le Livre pour en faire mémoire et déclare à Josué que j’effacerai complètement le souvenir d’Amalec de dessous les cieux ! »

Moïse bâtit un autel et l’appela : « Le-Seigneur-est-mon-étendard. »

 

 

 

 

 

 

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,18-25.

Frères, le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu.

L’Écriture dit en effet : Je mènerai à sa perte la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai.

Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ?

Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile.

Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse,

nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes.

Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.

Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

 

 

 

 

 

 

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,20-32.

Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu'un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l’honorera. » Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »

 

 

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

  

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