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Dieu élève les humbles.

15 août
7 min de lecture

Bienaimés de Dieu remplis de grâces, aujourd’hui, l’Église nous met sous les yeux une femme qui chante alors qu’elle porte encore en elle un mystère qui la dépasse. Vous l’avez compris, c’est Marie. Elle chante : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » Et un peu plus loin : « Il élève les humbles. »

 

Si je ne devais retenir qu’une seule chose pour nous tous aujourd’hui, ce serait celle-ci : Marie nous apprend que tout ce que nous remettons à Dieu avec humilité n’est jamais perdu. Lui le transfigure, et il le mène à sa plénitude. C’est exactement ce que nous fêtons avec l’Assomption.

 

Mais d’abord, soyons bien clairs. Marie n’est pas une femme qui aurait simplement vécu saintement et reçu ensuite un beau cadeau au ciel. L’Église va bien plus loin. Elle nous dit que, à la fin de sa vie sur terre, Marie a été prise par Dieu tout entière, corps et âme, dans sa gloire. Le pape Pie XII l’a enseigné solennellement comme un dogme le 1er novembre 1950, dans ce texte qui s’appelle Munificentissimus Deus. Il a dit exactement ceci : « la Mère de Dieu, toujours vierge Marie, ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste. »

 

Pourquoi cette fête nous concerne-t-elle, nous qui sommes encore là, avec nos fatigues, nos blessures, nos familles, nos soucis, tous nos combats de chaque jour ? Tout simplement parce que l’Assomption nous dévoile ce que Dieu veut faire de l’homme. Marie est déjà arrivée là où nous sommes encore en route.

 

Reprenons l’Évangile. Marie ne dit pas : « Regardez tout ce que j’ai accompli. » Elle dit : « Le Puissant fit pour moi des merveilles. » Remarquez-vous cela ? Elle ne se met pas au centre de son histoire. Elle place Dieu au centre. « Il s’est penché sur son humble servante. » « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Voilà le cœur de son Magnificat.

 

Et la première lecture d’aujourd’hui nous donne la traduction concrète de cette attitude dans notre vie. Saint Paul ne nous demande pas de réaliser d’abord des choses extraordinaires. Il nous demande de changer notre façon de vivre avec les autres : « Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. » Puis il ajoute : « ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. » Et encore : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. »

 

Vous voyez le lien ? Marie chante la grandeur de Dieu parce qu’elle a accueilli Dieu dans son humilité. Paul nous montre à quoi ressemble une vie qui appartient vraiment à Dieu : elle devient capable d’aimer, de respecter, de prier, de tenir dans l’épreuve, de partager la joie et la souffrance des autres. Le Magnificat n’est pas seulement un chant que nous admirons chez Marie. C’est une vie que nous sommes appelés à laisser naître en nous. Et l’Assomption nous révèle où cette vie nous conduit.

 

Il y a ici un point de théologie qu’il ne faut pas manquer. Quand on dit que Marie est montée au ciel, cela ne veut pas dire qu’elle est devenue une déesse. Non. Elle reste une créature sauvée par la grâce de Dieu. Elle dépend totalement de son Fils. Mais l’Église voit en elle, avec l’Assomption, une anticipation de ce que Dieu promet à tous ceux qui lui appartiennent : la vie éternelle, la résurrection, la glorification de notre personne tout entière. Le Catéchisme de l’Église catholique, au n° 966, nous le rappelle : Marie, « quand le cours de sa vie terrestre fut fini, fut élevée corps et âme dans la gloire du ciel ». Et il ajoute qu’elle est ainsi « plus pleinement conforme à son Fils », vainqueur du péché et de la mort.

 

C’est une vérité capitale. Notre foi ne méprise pas le corps. Le corps de celui qui souffre compte pour Dieu. Le corps du malade compte pour Dieu. Le corps du vieillard compte pour Dieu. Le corps de celui qui travaille compte pour Dieu. Le corps de celui qui est épuisé, qui pleure, qui porte les marques d’une vie difficile, compte pour Dieu. Même si notre corps vieillit, se fragilise, retourne à la poussière, Dieu ne regarde jamais notre existence comme un déchet de l’histoire. L’Assomption proclame : la mort n’a pas le dernier mot. Dieu aura le dernier mot. Et son dernier mot sera la vie.

 

Peut-être que là, nous nous sentons rejoints. Nous avons souvent peur de donner. Donner de notre temps, donner notre pardon, donner notre attention, donner une nouvelle chance, donner notre fidélité. Nous avons l’impression que si nous nous donnons trop, nous allons nous perdre. Alors nous nous protégeons, nous calculons, nous gardons une petite distance. Marie nous montre exactement le contraire. Elle a dit oui à Dieu. Elle a accueilli le mystère. Elle a porté Jésus. Elle a connu l’incompréhension. Elle a connu la douleur. Elle était là, au pied de la croix. Et maintenant l’Église nous la montre dans la gloire.

 

Ce n’est pas parce qu’elle s’est agrippée à elle-même qu’elle a été élevée. C’est parce qu’elle s’est donnée à Dieu. Saint Bernard de Clairvaux le disait magnifiquement : « En danger, dans la détresse, dans l’incertitude, pense à Marie, invoque Marie. » Et il ajoutait : celui qui la suit ne s’égare pas, celui qui la prie ne désespère pas. Ce texte a été cité par Benoît XVI dans son audience du 21 octobre 2009.

 

Pourquoi Marie peut-elle nous conduire ainsi ? Parce qu’elle ne nous enferme jamais en elle-même. Marie conduit à Jésus. Son Magnificat ne chante pas Marie, il chante le Seigneur. « Mon âme exalte le Seigneur. » Et c’est précisément parce qu’elle s’efface devant Dieu que Dieu accomplit en elle des merveilles.

 

Alors, que faire concrètement ? Ne repartons pas seulement avec une émotion pieuse. Prenons une décision simple, très simple. Cette semaine, choisissons une personne devant laquelle nous allons volontairement renoncer à avoir le dernier mot. Dans notre famille. Au travail. Dans une relation délicate. Avec quelqu’un qui nous agace. Avec quelqu’un qui nous a blessés. Ce n’est pas accepter l’injustice ou abandonner la vérité. C’est simplement : ne pas chercher à être le centre. Écouter avant de répondre. Demander pardon quand nous avons vraiment blessé. Laisser parler l’autre sans préparer tout de suite notre défense. Rendre service sans attendre d’être félicités. Et chaque soir, reprendre quelques instants cette phrase de Marie : « Le Puissant fit pour moi des merveilles. » Même si la journée a été difficile. Même si nous ne voyons pas très bien les merveilles. Même si nous sommes fatigués. Parce que croire, c’est aussi accepter que Dieu travaille dans une vie dont nous ne voyons pas encore l’aboutissement.

 

Certains d’entre nous vivent peut-être des jours qui se ressemblent. Un travail peu reconnu. Une vie familiale éreintante. Un proche malade. Une solitude que personne ne remarque. Une prière qui semble sans réponse. Des années qui passent, et parfois l’impression que rien de grand n’est arrivé. Regardez Marie. Le pape François, dans son Angélus du 15 août 2021, rappelait que la vie de Marie s’est déroulée pour l’essentiel dans l’ordinaire, dans l’humilité, sans journées extérieurement sensationnelles. Et il en tirait cette parole d’espérance : l’Assomption nous rappelle que Dieu nous appelle aussi, nous, à cette destinée glorieuse.

 

Alors, si vous pensez que votre vie est trop petite, écoutez bien. Votre vie n’est pas trop petite pour Dieu. Votre fidélité cachée compte. Votre prière que personne ne voit compte. Votre patience compte. Le pardon que vous avez offert compte. Le service invisible compte. La larme versée en silence compte. Le oui que vous continuez à dire à Dieu, même épuisés, compte. Marie nous révèle que Dieu voit ce que les humains ne voient pas. Le monde regarde ce qui brille. Dieu regarde le cœur. Et ce que Dieu commence dans l’humilité, il peut le mener jusqu’à la gloire.

 

Cette fête, ne la regardons pas comme un spectacle lointain et inaccessible. Voyons-y une promesse. Marie est déjà ce que nous espérons devenir. Elle est déjà auprès de Dieu, dans la plénitude de la vie. Et nous, nous sommes encore en chemin. Mais nous ne marchons pas vers le vide. Nous marchons vers une maison. Nous marchons vers le Christ. Nous marchons vers la résurrection. Nous marchons vers cette vie où Dieu recueillera tout ce qui aura été vécu ici-bas dans l’amour.

 

Alors, ce soir, quand vous rentrerez chez vous, prenez quelques instants devant une image de Marie, ou simplement dans le silence de votre chambre. Dites-lui votre fatigue. Dites-lui le nom de la personne qui vous fait souffrir. Dites-lui ce que vous n’arrivez plus à porter. Et dites simplement : « Marie, apprends-moi à faire confiance à Dieu comme toi. » Puis retournez à votre vie. Aimez votre famille. Faites votre travail. Pardonnez. Servez. Priez. Tenez bon. Parce que le Dieu qui a élevé Marie est le même Dieu qui agit aujourd’hui dans votre existence. Et même si vous ne voyez encore que le chemin, lui, il voit déjà la destination.

 

Que Marie, élevée corps et âme dans la gloire du ciel, nous obtienne la grâce de ne pas désespérer de nos vies, de nos familles, de nos proches, et même de nous-mêmes. Que son Magnificat devienne notre prière. Que son humilité devienne notre chemin. Que son espérance devienne notre force. Et qu’un jour, par la grâce du Christ, nous puissions entrer à notre tour dans cette gloire dont Marie est aujourd’hui le signe vivant : la victoire de Dieu sur la mort, la plénitude de l’homme en Dieu, et la joie qui ne finit pas.

 

Amen.

 


Marie, élevée corps et âme dans la gloire du ciel.

 

Lectures pour la fête de l’Assomption de la Vierge Marie selon le rite maronite.

 

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 12,9-15.


Frères, que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien.

Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres.

Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur,

ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière.

Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l’hospitalité avec empressement.

Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal.

Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent.

 

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,46-55.


Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur,

il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères,

en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »



Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

  

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