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Écouter Dieu parler.

18 août
7 min de lecture

Bien-aimés, vous qui êtes comblés de grâces,

Il y a une chose que nous faisons tous, souvent sans même y penser : nous remplissons notre vie d’occupations. On travaille, on organise, on répond aux messages, on s’occupe de la famille, des responsabilités, des soucis. Et même quand nous venons prier, notre tête continue de courir. Le corps est là, mais le cœur est ailleurs.

 

C’est précisément ici que l’Évangile nous rejoint. Marthe accueille Jésus chez elle. Elle s’affaire, elle veut que tout soit parfait. Son service n’est pas mauvais. Loin de là : accueillir et servir sont de belles choses. Mais au milieu de tout ce remue-ménage, quelque chose lui échappe : Jésus est là, et elle ne prend plus le temps d’être avec lui.

 

Alors Jésus lui dit avec douceur : « Marthe, Marthe, tu te fais du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10,41-42, AELF).

 

Remarquons un point essentiel : Jésus ne dit pas que le service de Marthe est inutile. Le pape François l’a rappelé lors de son Angélus du 21 juillet 2013 : écouter la Parole et servir concrètement son prochain « ne sont pas deux attitudes opposées », mais « deux aspects tous deux essentiels pour notre vie chrétienne ». Ce qui cloche chez Marthe, c’est qu’elle est tellement prise par ce qu’elle fait qu’elle risque d’oublier Celui pour qui elle le fait.

 

Voilà l’unique idée que les lectures nous invitent à garder dans le cœur : avant de faire quelque chose pour Dieu, il faut apprendre à être avec Dieu.

 

Le Deutéronome commence par un mot tout simple : « Écoute, Israël ». Puis : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6,4-5). L’ordre est significatif : écouter, puis aimer. La foi commence par un cœur qui se rend disponible à Dieu.

 

Et Paul nous montre ce que produit cette écoute. Il annonce l’Évangile avec courage, sans chercher la gloire ni les compliments. Aux Thessaloniciens, il écrit qu’il a été pour eux « comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons » et « comme un père avec ses enfants » (1 Th 2,7.11). Son service ne vient pas d’une agitation intérieure ni d’une soif de réussite. Il vient d’une relation profonde avec Dieu et d’un vrai amour pour les personnes.

 

C’est là que nous comprenons Marthe et Marie. Jésus ne nous demande pas de choisir entre prière et service ; il nous demande de laisser la prière donner son âme à notre service.

 

Notons que Jésus appelle Marthe par son prénom deux fois : « Marthe, Marthe ». Dans la Bible, répéter ainsi un nom, c’est marquer une attention toute personnelle et pleine d’affection. Saint Augustin, dans son sermon 104, le voit bien : le Seigneur ne blâme pas le service de Marthe, il dit seulement que l’attitude de Marie est « meilleure » : elle reste à l’écoute de sa parole.

 

C’est important pour nous. Jésus ne regarde pas Marthe comme quelqu’un à rejeter. Il lui parle parce qu’il l’aime. Ce « Marthe, Marthe », c’est presque une main posée sur l’épaule : arrête-toi un instant, regarde-moi, écoute-moi.

 

Peut-être que certains d’entre nous ont besoin d’entendre cette parole aujourd’hui.

 

Tu portes beaucoup de choses. Tu t’inquiètes pour tes enfants. Tu travailles dur. Tu portes peut-être une difficulté familiale, une inquiétude financière, une maladie, une solitude, une responsabilité qui t’épuise. Et tu continues quand même.

 

Le Seigneur ne te dit pas : « Tout ce que tu fais est mauvais. »

 

Il te dit : « Viens d’abord près de moi. »

 

Parce que lorsque nous ne faisons que courir, nous finissons par ne plus savoir pourquoi. Nous pouvons faire de bonnes choses avec un cœur devenu impatient, dur, irrité, épuisé. Nous pouvons servir les autres et, au fond de nous, leur reprocher d’en demander trop.

 

Mais quand nous nous arrêtons devant le Seigneur, quelque chose change. Nous ne servons plus avec nos seules forces : nous recevons de Dieu la force d’aimer.

 

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « la prière contemplative est un simple regard sur Dieu, dans le silence et dans l’amour » (CEC, n. 2715 ; Compendium, n. 568). Le pape François, lors de l’audience générale du 5 mai 2021, rappelle aussi que la contemplation est un acte de foi et d’amour dans lequel le cœur demeure tourné vers Jésus.

 

Concrètement, prier, ce n’est pas seulement parler à Dieu ; c’est aussi lui laisser la possibilité de nous parler.

 

Saint Augustin, commentant ce passage, résume : « La part choisie par Marie est meilleure ». Et il explique que le Seigneur ne méprise pas l’activité de Marthe ; il nous apprend seulement à ne pas nous perdre dans la multiplicité des occupations. (Sermon 104, 4, disponible sur Augustinus.it).

 

Alors, comment mettre concrètement cette parole en pratique cette semaine ?

 

Je vous propose qu’avant de nous lancer dans nos occupations, offrons au Seigneur dix minutes. Mais pas dix minutes pour lui réclamer tout de suite ceci ou cela. Non, juste ouvrir l’Évangile, lire lentement quelques versets, puis rester en silence devant Jésus. On peut lui dire : « Seigneur, me voici. Parle à mon cœur. Apprends-moi aujourd’hui à aimer. »

 

Ensuite, nous retournons à notre travail, à notre famille, à nos responsabilités.

 

Mais quelque chose aura changé dans la manière de les porter.

 

Un père ou une mère peuvent servir sans attendre qu’on les remercie. Un salarié peut faire son métier avec davantage de patience. Celui qui accompagne un malade peut se contenter d’être là, sans prétendre tout résoudre. Et celui qui traverse une épreuve peut déposer son inquiétude entre les mains du Seigneur.

 

Voilà comment Marie et Marthe se retrouvent en nous : Marie nous apprend à accueillir Jésus, Marthe nous apprend à le servir. Et le Seigneur veut que notre service naisse de notre écoute.

 

Peut-être, aujourd’hui, ne nous demande-t-il pas d’en faire plus. Peut-être attend-il simplement que nous nous arrêtions un moment devant lui.

 

Au milieu de tout ce qui nous accapare, il est là.

 

Dans notre maison, dans notre famille, dans notre travail, dans nos blessures, dans nos choix, dans notre fatigue : il est là.

 

Et sa parole demeure vivante. Comme le rappelle saint Paul, les Thessaloniciens l’ont accueillie « non pas comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la parole de Dieu » (1 Th 2,13, AELF).

 

Alors ne repartons pas de cette messe avec simplement des choses à faire. Repartons avec quelqu’un à écouter : Jésus.

 

Cette semaine, quand nous sentirons l’agitation monter en nous, arrêtons-nous un bref instant et redisons simplement : « Jésus, je suis là. » Puis écoutons.

 

Et nous découvrirons peut-être que le Seigneur n’exigeait ni plus de force, ni plus de succès, ni plus d’activités. Il attendait simplement que nous lui ouvrions notre cœur.

 

Laissons donc Jésus entrer dans notre vie aujourd’hui. Écoutons-le avant d’agir, recevons son amour avant de servir, et alors ce que nous ferons pour les autres portera quelque chose de Dieu. La meilleure part n’est pas une récompense réservée à une minorité : c’est Jésus lui-même, présent aujourd’hui, qui vient à notre rencontre et ne nous abandonne jamais.


Avant de faire quelque chose pour Dieu, il faut apprendre à être avec Dieu.
Avant de faire quelque chose pour Dieu, il faut apprendre à être avec Dieu.

Lectures du quatorzième dimanche du temps de la Pentecôte

 

Livre du Deutéronome 6,4-9.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.

Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton cœur.

Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé ;

tu les attacheras à ton poignet comme un signe, elles seront un bandeau sur ton front,

tu les inscriras à l’entrée de ta maison et aux portes de ta ville.

 

 

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 2,1-13.

Frères, vous le savez bien vous-mêmes, notre venue chez vous n’a pas été inutile.

Nous venions de souffrir et d’être outragés à Philippes, comme vous le savez ; nous avons cependant trouvé en notre Dieu pleine assurance pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l’Évangile de Dieu.

Et quand nous vous exhortions, ce n’était pas avec des doctrines fausses, ni des motifs impurs, ni par ruse.

En effet, pour nous confier l’Évangile, Dieu a éprouvé notre valeur, de sorte que nous parlons, non pas pour plaire aux hommes, mais à Dieu, lui qui met nos cœurs à l’épreuve.

Jamais, nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin ;

jamais nous n’avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous ni auprès d’autres personnes.

Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.

Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers.

Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu.

Vous êtes témoins, et Dieu aussi, de notre attitude si sainte, si juste et irréprochable envers vous, les croyants.

Et vous savez bien que nous avons été pour chacun de vous comme un père avec ses enfants :

nous vous avons exhortés et encouragés, nous vous avons suppliés d’avoir une conduite digne de Dieu, lui qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire.

Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu : quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

 


Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,38-42.

Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut.

Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »

Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses.

Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

  

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