Dieu comme un berger et un agneau.
- Béchara Aoun

- 9 janv.
- 5 min de lecture
Bienaimés de Dieu remplis de grâces,
En ce dimanche de la Révélation du mystère du Christ à Jean-Baptiste, la liturgie maronite nous conduit à contempler Dieu qui se révèle avec tendresse. « L’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours. » Is 40/8 La Parole que nous venons d’entendre nous invite à observer : ce qui passe et ce qui demeure, ce qui impressionne extérieurement et ce qui transforme réellement le cœur.
La première lecture, tirée du livre d’Isaïe, nous rappelle que « toute chair est comme l’herbe ». Tout ce qui fait notre gloire humaine est fragile, provisoire, exposé au souffle du temps. Et au cœur de cette fragilité, une certitude se dresse : « la parole de Dieu demeure pour toujours ». Cette Parole annonce Dieu qui vient, comme un berger qui porte ses agneaux près de son cœur.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, affirme que le combat chrétien n’est pas d’abord extérieur, ni fondé sur la force humaine, mais intérieur : il s’agit de « capturer toute pensée pour l’amener à obéir au Christ ». La vraie puissance n’est pas celle qui écrase, mais celle qui construit, qui libère de l’intérieur.
Et l’Évangile nous montre la Parole faite chair. Jean le Baptiste désigne Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Celui qui demeure pour toujours se tient là, humblement, au milieu des hommes. L’Évangile de saint Jean selon les exégètes a été rédigé probablement entre 90 et 100 après Jésus-Christ, dans une communauté chrétienne marquée par une forte réflexion théologique. Le témoignage de Jean-Baptiste y est central : historiquement, Jean-Baptiste était un prophète reconnu en Israël, et ses disciples étaient encore nombreux à la fin du Ier siècle. En présentant Jésus comme « l’Agneau de Dieu », l’évangéliste utilise une image enracinée dans la tradition juive : l’agneau pascal, symbole de libération lors de l’Exode, et l’agneau du serviteur souffrant d’Isaïe. Ce témoignage visait à affirmer clairement, face aux premières interrogations, que Jésus est bien le Messie envoyé par Dieu, celui sur qui repose l’Esprit et qui apporte le salut. Mais aussi pour rappeler que conformément aux écritures le salut ne viendra pas par la domination ou la violence, mais par le don total de soi.
Cette vérité est au cœur de l’enseignement de l’Église. Le Catéchisme nous dit : « C’est l’amour jusqu’à la fin qui confère à l’offrande du Christ sa valeur rédemptrice et réparatrice » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 616).
Ce n’est pas la force humaine qui sauve le monde, mais l’amour livré.
Saint Augustin écrit : « Le Christ est Agneau dans sa passion, lion dans sa résurrection. » Ce qui semble faiblesse aux yeux du monde est en réalité la puissance même de Dieu. Alors, comment mettre cela en pratique dans notre vie quotidienne ? Peut-être en choisissant cette semaine un lieu où nous sommes tentés de répondre par la dureté, le repli ou la domination (en famille, au travail, dans une relation blessée) et en y posant un acte d’agneau : une parole douce, un pardon offert, un silence habité par la prière. Ce geste discret, uni au Christ, a une force bien plus grande que nous ne l’imaginons.
Frères et sœurs bienaimés de Dieu remplis de grâces, ce que nous sommes peut passer comme l’herbe, mais ce que Dieu fait en nous demeure pour toujours. Aujourd’hui encore, le Seigneur vient comme un berger ; il connaît nos fragilités, il nous porte sur son cœur, et il nous donne son Esprit pour vivre de sa vie. Devenons, à notre tour, des témoins de sa présence au monde.

Lectures du premier dimanche après l’Épiphanie : Dévoilement du mystère du Christ à Jean-Baptiste
Livre d'Isaïe 40,6-11.
Une voix dit : « Proclame ! » Et je dis : « Que vais-je proclamer ? » Toute chair est comme l’herbe, toute sa grâce, comme la fleur des champs :
l’herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe sur elle le souffle du Seigneur. Oui, le peuple est comme l’herbe :
l’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours.
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! »
Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage.
Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,1-11.
Frères, moi-même, Paul, je vous exhorte par la douceur et la bienveillance du Christ, moi si humble quand je suis devant vous, mais plein d’assurance à votre égard quand je n’y suis pas.
Je vous en prie, ne m’obligez pas à montrer, quand je viendrai, l’assurance et l’audace dont je prétends bien faire preuve contre ceux qui prétendent que nous avons une conduite purement humaine.
Notre conduite est bien une conduite d’homme, mais nous ne combattons pas de manière purement humaine.
En effet, les armes de notre combat ne sont pas purement humaines, elles reçoivent de Dieu la puissance qui démolit les forteresses. Nous démolissons les raisonnements fallacieux,
tout ce qui, de manière hautaine, s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous capturons toute pensée pour l’amener à obéir au Christ.
Nous sommes prêts à sévir contre toute désobéissance, dès que votre obéissance à vous sera parfaite.
Regardez les choses en face. Si quelqu’un est convaincu d’appartenir au Christ, qu’il tienne compte encore de ceci : comme lui-même appartient au Christ, nous également.
Même si je suis un peu trop fier de l’autorité que le Seigneur nous a donnée sur vous pour construire et non pour démolir, je n’aurai pas à en rougir.
Je ne veux pas avoir l’air de vous effrayer par mes lettres.
« Les lettres ont du poids, dit-on, et de la force, mais sa présence physique est sans vigueur, et sa parole est nulle. »
Celui qui parle ainsi, qu’il tienne bien compte de ceci : tels nous sommes en paroles par nos lettres quand nous ne sommes pas là, tels nous serons encore en actes quand nous serons présents.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 1,29-34.
Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était.
Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


