Dieu fait jaillir la vie!
- Béchara Aoun

- il y a 2 heures
- 6 min de lecture
Bienaimés de Dieu remplis de grâces,
En ce jour où nous célébrons saint Maroun, notre saint patron dans la tradition maronite, notre cœur s’ouvre à la joie d’une foi vivante, ancrée dans la terre du Liban et rayonnant jusqu’aux confins du monde. Saint Maroun, cet ermite du IVe siècle qui vivait près d’Antioche, nous invite à contempler la puissance de Dieu qui fait jaillir la vie là où règne la mort. Les lectures d’aujourd’hui nous plongent dans ce mystère : de la vallée des ossements secs d’Ézéchiel à la vigilance exigée par saint Paul, jusqu’à la parabole bouleversante du riche et de Lazare dans l’Évangile de Luc. Elles forment une unité profonde autour d’un message central : Dieu est le Dieu des vivants, qui ressuscite les morts et nous appelle à la conversion dès maintenant, par la foi, l’espérance et la charité.
Regardons d’abord la vision d’Ézéchiel. Le prophète se trouve au milieu d’une vallée d’ossements desséchés, image du peuple d’Israël exilé, brisé par le péché et l’idolâtrie. Dieu lui demande : « Ces ossements peuvent-ils revivre ? » Et il prophétise : l’esprit souffle des quatre vents, les os s’unissent, la chair revête les squelettes, et une immense armée se dresse ! C’est l’annonce de la résurrection, non pas magique, mais par la Parole et l’Esprit de Dieu. Cette vie nouvelle n’est pas lointaine : elle commence ici, quand nous laissons l’Esprit souffler sur nos cœurs endurcis.
Saint Paul, dans la première lettre aux Thessaloniciens, prolonge ce souffle prophétique en nous exhortant à la vigilance. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit, surprenant ceux qui dorment dans les ténèbres du péché. Mais nous, fils de la lumière, nous enfilons la cuirasse de la foi et de l’amour, le casque de l’espérance du salut ! Dieu ne nous destine pas à la colère, mais à vivre avec Christ, veilleurs ou endormis car sa mort nous unit à lui pour toujours.
L’Évangile de Luc rend cela concret et urgent avec la parabole du riche et de Lazare. Le riche, noyé dans ses festins somptueux, ignore le pauvre ulcéré à sa porte. À la mort, les rôles s’inversent : Lazare est consolé auprès d’Abraham, le riche est tourmenté dans la fournaise. L’abîme est creusé par l’indifférence du riche, qui même dans la souffrance pense d’abord à ses frères : « Envoie Lazare témoigner ! » Mais Abraham répond : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! » Les lectures s’unissent ici : comme les ossements d’Ézéchiel, le riche est spirituellement mort, privé de l’Esprit par son attachement aux biens ; saint Paul nous appelle à veiller pour ne pas être surpris ; Lazare, lui, vit déjà de l’espérance, porté par les anges. Dieu inverse les destins : il ressuscite les humbles et juge les indifférents.
Pour éclairer cela d’un regard historique, rappelons saint Maroun, un homme de Dieu proche du peuple. Il a guéri des malades, et libéré des possédés par sa prière d’intercession. Ce saint patron de l’Église maronite. Dieu a fait surgir un peuple vivant.
L’Église nous enseigne avec clarté dans le Catéchisme : « La résurrection des morts, cet événement prodigieux qui est l’entrée irrévocable dans la vie divine promise pour les siècles, exigera la transformation de tout l’univers » (CEC 1042)5. C’est la plénitude de la vision d’Ézéchiel, accomplie en Christ.
Saint Augustin, Père de l’Église, nous encourage : « Nous sommes sauvés par l’espérance. Car ce que nous voyons, pourquoi l’espérer encore ? Mais ce que nous n’espérons pas, nous l’espérons par la patience »6. Comme saint Maroun, qui espéra contre toute espérance dans sa solitude, nous tenons bon.
Bienaimés de Dieu voyons les Lazare à nos portes : le collègue isolé au travail, l’enfant blessé dans la famille, le voisin oublié. Dieu nous appelle à la vigilance charitable, non par peur, mais par amour. Voici une proposition concrète : ce soir, et chaque soir cette semaine, prenez cinq minutes avant de dormir pour un examen de conscience simple : « Qui ai-je vu aujourd’hui ? Et qu’ai-je fait pour lui ? » Partagez cela en famille ou avec un ami, pour vous édifier mutuellement, comme le dit saint Paul.
Bienaimés, saint Maroun nous montre que l’Esprit souffle encore sur nos vallées d’ossements secs ; nos peurs, nos indifférences. Dieu agit aujourd’hui dans votre vie : ouvrons les yeux, tendons la main ! Que Marie, Mère de l’espérance, et saint Maroun intercèdent pour nous. Amen.

Lectures du dimanche de la commémoration des Fidèles Défunts
Livre d'Ézéchiel 37,1-10.
La main du Seigneur se posa sur moi, par son esprit il m’emporta et me déposa au milieu d’une vallée ; elle était pleine d’ossements.
Il me fit circuler parmi eux ; le sol de la vallée en était couvert, et ils étaient tout à fait desséchés.
Alors le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? » Je lui répondis : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais ! »
Il me dit alors : « Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur :
Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : Je vais faire entrer en vous l’esprit, et vous vivrez.
Je vais mettre sur vous des nerfs, vous couvrir de chair, et vous revêtir de peau ; je vous donnerai l’esprit, et vous vivrez. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur. »
Je prophétisai, comme j’en avais reçu l’ordre. Pendant que je prophétisais, il y eut un bruit, puis une violente secousse, et les ossements se rapprochèrent les uns des autres.
Je vis qu’ils se couvraient de nerfs, la chair repoussait, la peau les recouvrait, mais il n’y avait pas d’esprit en eux.
Le Seigneur me dit alors : « Adresse une prophétie à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! »
Je prophétisai, comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds : c’était une armée immense !
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 5,1-11.
Frères, pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.
Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit.
Quand les gens diront : « Quelle paix ! Quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper.
Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.
Les gens qui dorment, c’est la nuit qu’ils dorment ; ceux qui s’enivrent, c’est la nuit qu’ils sont ivres,
mais nous qui sommes du jour, restons sobres ; mettons la cuirasse de la foi et de l’amour et le casque de l’espérance du salut.
Car Dieu ne nous a pas destinés à subir la colère, mais à entrer en possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ,
mort pour nous afin de nous faire vivre avec lui, que nous soyons en train de veiller ou de dormir.
Ainsi, réconfortez-vous mutuellement et édifiez-vous l’un l’autre, comme vous le faites déjà.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 16,19-31.
Jésus dit : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


