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Ne te justifie pas : laisse Dieu te relever

2 sept.
6 min de lecture

Bienaimés de Dieu remplis de grâces,

Il existe une chose qui peut nous éloigner de Dieu sans que nous nous en rendions compte. Ce n'est pas seulement le péché. C'est aussi de croire que nous n'avons plus besoin de sa miséricorde.

 

Regardons le pharisien de l'Évangile. Il vient au Temple. Il prie. Il jeûne. Il donne. Extérieurement, tout semble en ordre. Mais au cœur de sa prière, il y a une comparaison : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes… ou encore comme ce publicain » (Lc 18,11). Sa prière commence par Dieu, mais très vite elle revient à lui-même. Il ne regarde plus Dieu : il regarde sa propre image, et les défauts de l'autre.

 

Voilà le drame. Il est dans le Temple, mais son cœur est fermé.

 

Le publicain, lui, ne présente aucun mérite. Il ne fait pas la liste de ses bonnes actions. Il ne se compare à personne. Il reste à distance, baisse les yeux et dit simplement : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » (Lc 18,13). Et Jésus nous révèle quelque chose de bouleversant : « c'est lui qui était devenu un homme juste » (Lc 18,14).

 

Pourquoi ?

Parce que le publicain a laissé à Dieu la place d'être Dieu.

 

Il n'a pas essayé de se justifier lui-même. Il a accepté de reconnaître sa pauvreté et de recevoir la miséricorde. C'est précisément ce que souligne le Catéchisme de l'Église catholique : « l'humilité est le fondement de la prière » (CEC, n° 2559).

 

L'humilité chrétienne, ce n'est pas se mépriser. Ce n'est pas dire : « Je ne vaux rien. » C'est dire avec vérité : « Seigneur, j'ai besoin de toi. Je ne peux pas me sauver moi-même. J'ai besoin de ta grâce. » Le prophète Amos transmet une parole très forte de Dieu : « Je déteste, je méprise vos fêtes » (Am 5,21). Dieu ne rejette pas la prière parce qu'elle serait inutile. Il refuse une religion qui célèbre Dieu avec les lèvres tout en oubliant la justice dans la vie. Et il conclut : « Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5,24).

 

Autrement dit, notre prière doit descendre du Temple jusque dans notre maison, notre famille, notre travail, nos relations. On peut venir à la messe et continuer à mépriser quelqu'un. On peut réciter beaucoup de prières et garder dans son cœur une vieille rancune. On peut parler de Dieu et refuser de pardonner. On peut défendre la foi et traiter avec dureté celui qui nous dérange.

 

Alors la Parole de Dieu nous pose la question : qu'est-ce que ma prière change dans ma manière de regarder les autres ?

 

Amos dit : que la justice coule dans notre vie.

Jésus dit : que l'humilité ouvre notre cœur.

Et Paul dit: « l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8,26).

 

Nous n'avons donc pas à devenir parfaits avant de venir vers Dieu. Nous venons avec nos faiblesses, nos blessures, nos impatiences, nos péchés, nos contradictions. Et nous demandons à l'Esprit Saint de travailler en nous.

 

C'est aussi le sens du mot « justifié » dans l'Évangile. Dans Luc 18,14, Jésus dit que le publicain « redescendit » chez lui justifié. Le verbe grec employé, dikaioō, appartient au vocabulaire biblique de la justice et signifie ici que Dieu le reconnaît comme juste. Le point essentiel du récit est que cet homme ne s'appuie pas sur ses propres mérites : il s'en remet à la miséricorde de Dieu. La note exégétique de la United States Conference of Catholic Bishops souligne justement que la parabole enseigne « la reconnaissance du péché et la dépendance totale à l'égard de la grâce de Dieu » (USCCB, commentaire de Lc 18,9-14).


Voilà peut-être la parole dont quelqu'un a besoin aujourd'hui. Peut-être qu'on porte une faute ancienne et qu’on se dit : « Dieu ne peut plus me regarder. » Peut-être que l’on se sent indigne de prier. Peut-être que nous sommes fatigués de lutter contre la même faiblesse. Peut-être que l’on sourit devant les autres, mais qu’on rentre chez nous avec un cœur lourd.

 

L'Évangile nous dit aujourd'hui : ne reste pas loin de Dieu à cause de ta pauvreté. C'est précisément avec cette pauvreté que tu peux venir à lui.

 

Saint Augustin l'exprime dans un sermon consacré au jeûne, à la charité et à la prière : « dans l'humilité et la charité, par le jeûne et le don, en nous maîtrisant et en pardonnant… » la prière monte vers Dieu. Saint Augustin, Sermon 206, 3 ; cette formulation est reprise et attribuée explicitement à saint Augustin par le pape Léon XIV dans son Angelus du 22 février 2026.

 

Nous voyons le chemin : l'humilité devant Dieu devient charité envers les autres.

Alors, concrètement, que pouvons-nous faire cette semaine ?

 

Chaque matin, avant de commencer notre journée, prenons une minute et disons simplement : « Seigneur, je ne veux pas être meilleur que les autres. Je veux être meilleur qu'hier avec ta grâce. Montre-moi aujourd'hui la personne que je dois aimer, servir ou pardonner. »

 

Et surtout, lorsque nous sommes tentés de juger quelqu'un, arrêtons-nous quelques secondes. Ne disons pas : « Seigneur, merci parce que je ne suis pas comme lui. » Disons plutôt : « Seigneur, prends pitié de moi et bénis cette personne. Montre-moi ce que je ne vois pas de mon propre cœur. » Cela peut changer une famille. Cela peut changer une relation. Cela peut empêcher une parole blessante. Cela peut faire tomber une rancune qui dure depuis des années.

 

Frères et sœurs, le publicain est redescendu du Temple différent parce qu'il a laissé Dieu entrer dans sa vérité.

 

Nous aussi, nous allons redescendre de cette Eucharistie et retourner chez nous. Ne retournons pas simplement avec de belles paroles. Retournons avec un cœur un peu plus humble, une parole un peu plus douce, un pardon commencé, une main tendue, une injustice réparée.

 

Et si aujourd'hui nous n'arrivons pas encore à changer, ne désespérons pas. Saint Paul nous rappelle que « l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8,26).

 

Alors, avec le publicain, nous pouvons repartir avec cette prière dans le cœur : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »

 

Et nous pouvons être certains d'une chose : quand nous venons à Dieu avec un cœur vrai, même pauvre et blessé, sa grâce n'est pas loin. Aujourd'hui encore, Dieu peut relever ce qui est tombé, purifier ce qui est blessé et faire jaillir en nous la justice comme une source et l'amour comme un torrent qui ne tarit jamais.


Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »

 Lectures du seizième dimanche du temps de la Pentecôte.

 

Livre d'Amos 5,21-24.

 

Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées.

Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas.

Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes.

Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais !

 

 

 

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,18-27.

 

Frères, j’estime, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous.

En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu.

Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance

d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.

Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.

Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ?

Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.

Bien plus, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables.

Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,9-14.

 

À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).

Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.

Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’

Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Extrait de la Traduction Litur

 
 

  

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