Rester attaché à Dieu!
Bien-aimés de Dieu, remplis de sa grâce,
Il y a des jours où l’on a l’impression que Dieu se tait. On prie pour un enfant qui souffre, pour un mariage qui tangue, pour une maladie qui n’en finit pas, pour une situation qui semble bloquée. On frappe à la porte du Seigneur, et parfois, le ciel reste muet.
C’est exactement là que les lectures de ce jour viennent nous chercher.
Dans l’Évangile selon saint Matthieu, une femme cananéenne supplie Jésus pour sa fille. Elle crie sa détresse, elle ne s’en cache pas. Mais la première réponse qu’elle reçoit, c’est le silence. Puis viennent des paroles encore plus dures à entendre. Pourtant, elle ne part pas. Elle reste là. Elle insiste. Elle continue de croire, même quand rien ne lui laisse espérer une issue favorable. Et finalement, Jésus lui dit : « Femme, grande est ta foi ! »
La même fidélité habite Ruth dans la première lecture. Rien ne l’oblige à accompagner Noémi. Tout, au contraire, semble l’inviter à retourner chez elle. Mais elle choisit de rester. Elle prononce cette parole magnifique : « Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Ruth demeure fidèle, alors que l’avenir est complètement incertain.
Le lien entre ces deux lectures saute aux yeux : la vraie foi, ce n’est pas seulement croire quand tout va bien. C’est rester attaché à Dieu quand on ne comprend pas encore ce qu’il est en train de faire.
Un regard plus attentif sur le texte grec peut nous éclairer. Dans Matthieu 15,26, Jésus emploie le mot « kynaria », un diminutif qui signifie « petits chiens domestiques » ou « petits chiens de la maison ». Ce détail est relevé par d’importants commentaires bibliques, comme le New Jerome Biblical Commentary ou le commentaire de Daniel J. Harrington dans la collection Sacra Pagina. Autrement dit, il ne s’agit pas de chiens errants ou impurs. La réponse de Jésus est plutôt un dialogue pédagogique, qui amène cette femme à révéler publiquement sa confiance exceptionnelle. Et la fin du récit le montre bien : Jésus ne loue pas son intelligence ni sa ténacité psychologique, il loue sa foi.
Cette foi annonce déjà ce que saint Paul développera dans sa lettre aux Éphésiens. Paul nous dit que le « mystère » désormais révélé, c’est que « toutes les nations sont associées au même héritage ». La Cananéenne, justement, représente ces nations appelées à entrer dans l’Alliance. Ce qui, dans l’Évangile, ressemble à une rencontre personnelle devient chez Paul une réalité universelle : personne n’est exclu du salut offert par le Christ.
Le Catéchisme de l’Église catholique nous rappelle que « la foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ». Cette adhésion ne dépend pas d’abord de ce qui nous arrive. Elle consiste à s’appuyer sur Dieu parce qu’il est digne de confiance.
Saint Jean Chrysostome, dans son commentaire sur l’Évangile de Matthieu, dit de la Cananéenne : « Plus elle était repoussée, plus elle insistait. » Cette remarque est précieuse. Ce qui fait sa grandeur, ce n’est pas d’avoir été épargnée par l’épreuve, c’est d’avoir refusé que l’épreuve détruise sa confiance.
Alors, que retenir pour cette semaine ? Je propose de Choisir une intention que nous portons depuis longtemps : une personne éloignée de Dieu, une blessure familiale, une situation professionnelle difficile, une souffrance intérieure. Chaque jour, pendant une semaine, présentons-la au Seigneur avec cette seule prière : « Jésus, je continue à te faire confiance. » Pas de longues explications. Pas de négociation. Juste une parole de confiance, répétée avec persévérance.
Car la Cananéenne nous apprend que Dieu agit souvent bien au-delà de ce que nous voyons. Ruth nous apprend que la fidélité prépare des chemins que nous n’imaginons pas encore. Et saint Paul nous rappelle que le projet de Dieu est toujours plus vaste que nos limites humaines.
Frères et sœurs, si nous traversons aujourd’hui une période où Dieu semble silencieux, ne concluons pas trop vite qu’il est absent. Le Christ qui a accueilli la foi de la Cananéenne est le même aujourd’hui. Il voit nos larmes, il entend nos prières, et il travaille déjà dans ce que nous lui confions. Continuons d’avancer avec confiance : là où notre regard s’arrête, l’action de Dieu, elle, continue encore.

Livre de Ruth 1,15-19a.
Noémi lui dit : « Tu vois, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux. Retourne, toi aussi, comme ta belle-sœur. »
Ruth lui répondit : « Ne me force pas à t’abandonner et à m’éloigner de toi, car où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. »
Où tu mourras, je mourrai ; et là je serai enterrée. Que le Seigneur me traite ainsi, qu’il fasse pire encore, si ce n’est pas la mort seule qui nous sépare ! »
Voyant qu’elle était résolue à l’accompagner, Noémi cessa de lui parler de cela.
Ainsi, elles allaient leur chemin, toutes les deux, jusqu’à ce qu’elles arrivent à Bethléem.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,1-13.
Frères, moi, Paul, qui suis en prison à cause du Christ Jésus, je le suis pour vous qui venez des nations païennes.
Vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère, comme je vous l’ai déjà écrit brièvement.
En me lisant, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du mystère du Christ.
Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit.
Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.
De cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a accordée par l’énergie de sa puissance.
À moi qui suis vraiment le plus petit de tous les fidèles, la grâce a été donnée d’annoncer aux nations l’insondable richesse du Christ,
et de mettre en lumière pour tous le contenu du mystère qui était caché depuis toujours en Dieu, le créateur de toutes choses ;
ainsi, désormais, les Puissances célestes elles-mêmes connaissent, grâce à l’Église, les multiples aspects de la Sagesse de Dieu.
C’est le projet éternel que Dieu a réalisé dans le Christ Jésus notre Seigneur.
Et notre foi au Christ nous donne l’assurance nécessaire pour accéder auprès de Dieu en toute confiance.
Aussi, je vous demande de ne pas vous décourager devant les épreuves que j’endure pour vous : elles sont votre gloire.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,21-28.
Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


